📋 État des lieux

    L'état des lieux d'entrée est-il vraiment obligatoire ?

    Réponse rapide

    Oui, l'EDL d'entrée est obligatoire et doit être annexé au bail. S'il n'est pas réalisé, le logement est légalement présumé être en bon état — ce qui veut dire que le bailleur ne pourra rien vous facturer en sortie, sauf à prouver formellement les dégradations. C'est en fait une protection majeure pour le locataire.

    Réponse détaillée

    Contexte juridique et finalité de l'état des lieux

    L'état des lieux d'entrée est un document descriptif essentiel qui constate l'état d'un logement et de ses équipements au moment précis de la remise des clés au locataire. Sa finalité est double : il protège le bailleur en lui permettant de prouver d'éventuelles dégradations imputables au locataire à la fin du bail, et il protège le locataire en attestant de l'état initial du bien, lui évitant ainsi d'être tenu responsable de défauts ou de l'usure préexistants.

    Ce document constitue une "photographie" juridique du logement. Il est établi de manière contradictoire, c'est-à-dire en présence et avec l'accord des deux parties (bailleur et locataire) ou de leurs représentants mandatés. Il sera comparé à l'état des lieux de sortie, réalisé lors de la restitution des clés, pour déterminer les responsabilités de chacun quant aux éventuelles réparations locatives. Son absence n'invalide pas le contrat de location mais emporte des conséquences juridiques significatives, principalement au détriment du bailleur.

    Cadre légal détaillé

    L'obligation d'établir un état des lieux est solidement ancrée dans le droit français, principalement à travers la loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs.

    • Article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 : Cet article est le pilier de l'obligation. Il dispose qu'un état des lieux est établi "contradictoirement et à l'amiable par les parties ou par un tiers mandaté par elles [...] lors de la remise et de la restitution des clés". Il précise que ce document doit être joint au contrat de location. La loi ALUR (Accès au Logement et un Urbanisme Rénové) du 24 mars 2014 a renforcé ce dispositif en imposant un contenu minimal, défini par le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016. Ce décret liste les informations obligatoires pour chaque pièce : état des plafonds, murs, sols, équipements (prises, interrupteurs, radiateurs), menuiseries (portes, fenêtres). Il impose également le relevé des compteurs individuels d'eau et d'énergie.
    • Article 1731 du Code civil : C'est l'article fondamental qui régit les conséquences de l'absence d'état des lieux d'entrée. Il instaure une présomption simple : "S'il n'a pas été fait d'état des lieux, le preneur [le locataire] est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire." En clair, sans état des lieux d'entrée, la loi considère que le logement était en parfait état. Il incombera alors au bailleur, s'il constate des dégradations à la sortie, de prouver par tous moyens (photos datées, factures de travaux juste avant l'entrée, témoignages) que ces dégradations n'existaient pas au début du bail et qu'elles sont bien le fait du locataire. Cette preuve est en pratique extrêmement difficile à rapporter, ce qui rend l'absence d'état des lieux très risquée pour le bailleur.
    • Loi Climat et Résilience du 22 août 2021 : Bien que ne modifiant pas directement les règles de l'état des lieux, cette loi renforce l'importance de la description des équipements liés à la performance énergétique. L'état des lieux devient un support pour vérifier la présence et l'état de fonctionnement des systèmes de chauffage, de ventilation (VMC), et la qualité des menuiseries (double vitrage, joints), éléments clés du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) qui doit être annexé au bail.

    Étapes pratiques pour un état des lieux d'entrée réussi

    1. Planification : L'état des lieux doit être réalisé au moment de la remise des clés, dans le logement vide de tout occupant et de préférence en journée pour bénéficier de la lumière naturelle. Allouez un temps suffisant (au moins une à deux heures pour un logement de taille moyenne).
    1. Examen minutieux pièce par pièce : Ne vous contentez pas d'un simple coup d'œil. Pour chaque pièce (y compris caves, greniers, balcons, garages) :
    2. - Sols, murs et plafonds : Notez précisément la nature du revêtement (parquet, carrelage, peinture) et son état (neuf, bon état, état d'usage, présence de taches, fissures, trous, rayures). Soyez précis : "rayure de 10 cm sur le parquet près de la fenêtre" est préférable à "parquet abîmé".
    3. - Menuiseries : Testez l'ouverture et la fermeture de chaque porte et fenêtre. Vérifiez l'état des poignées, serrures et des vitrages (fêlures, rayures). Contrôlez le bon fonctionnement des volets ou stores.
    4. - Équipements : Testez systématiquement tous les équipements : interrupteurs, prises électriques, luminaires, plaques de cuisson, hotte, four, robinetterie (pression, eau chaude/froide), chasse d'eau, radiateurs, VMC.
    1. Prise de photographies et vidéos : Complétez le document écrit par des photographies datées et non équivoques de chaque pièce et de chaque défaut constaté. Ces supports visuels, annexés ou référencés dans l'état des lieux, constituent une preuve très forte en cas de litige.
    1. Rédaction contradictoire : Le document doit être rempli et signé par les deux parties sur place. Si vous êtes en désaccord avec une description du bailleur, ne signez pas en l'état. Exigez la modification ou ajoutez une section "observations du locataire" où vous consignerez votre version des faits avant de signer.
    1. Remise d'un exemplaire : Chaque partie doit repartir avec un exemplaire original de l'état des lieux signé, ou une copie remise immédiatement (par email si le format est numérique).
    1. Délais de complétude post-entrée : Le locataire bénéficie de délais légaux pour compléter l'état des lieux d'entrée après son emménagement :
    2. - Un délai de 10 jours à compter de la date de l'état des lieux pour tout ce qui concerne l'état des éléments de chauffage (art. 3 du décret de 2016).
    3. - Durant le premier mois de la période de chauffe, le locataire peut demander à compléter l'état des lieux concernant le fonctionnement du système de chauffage.

    Cas particuliers

    • Location meublée : L'état des lieux doit être complété par un inventaire détaillé du mobilier. Pour chaque meuble ou équipement (lit, table, chaises, vaisselle, électroménager), il faut en décrire précisément l'état. La logique est la même que pour le logement lui-même.
    • Colocation :
    • - Bail unique avec clause de solidarité : Un seul état des lieux est fait à l'entrée du premier colocataire et un seul à la sortie du dernier. Les colocataires entrants et sortants en cours de bail doivent s'arranger entre eux, souvent via un document appelé "état des lieux de sortie intermédiaire" qui n'est pas opposable au bailleur mais qui clarifie les relations entre colocataires.
    • - Baux individuels : Chaque colocataire signe son propre bail pour sa chambre. Un état des lieux des parties privatives est fait à chaque entrée/sortie, et l'état des parties communes est géré collectivement.
    • Refus d'établir l'état des lieux : Si l'une des parties refuse ou fait obstruction à l'établissement de l'état des lieux amiable, l'autre partie peut faire appel à un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) sans que l'autre ne puisse s'y opposer. La partie qui prend l'initiative doit en informer l'autre par lettre recommandée avec accusé de réception au moins 7 jours avant la date de l'intervention. Les frais de cet acte sont alors partagés par moitié entre le bailleur et le locataire, conformément à l'article 3-2 de la loi de 1989.

    Pièges à éviter

    • Pour le locataire :
    • - Signer un document pré-rempli avec des mentions "bon état" ou "état neuf" sans vérification.
    • - Accepter des termes vagues comme "état moyen" ou "traces d'usure". Exigez des descriptions factuelles.
    • - Oublier de tester les équipements (le chauffe-eau, les plaques de cuisson).
    • - Ne pas prendre de photos pour appuyer les descriptions écrites.
    • Pour le bailleur :
    • - Ne pas réaliser d'état des lieux d'entrée. C'est le piège principal qui le prive de tout recours simple pour les dégradations à la sortie.
    • - Réaliser un état des lieux seul et le faire signer plus tard au locataire (non contradictoire, donc contestable).
    • - Oublier de relever les compteurs, ce qui compliquera la régularisation des charges.

    Chiffres et délais à l'horizon 2026

    • Délais légaux (stables) : Le délai de 10 jours pour les éléments de chauffage et le délai durant le premier mois de chauffe pour compléter l'EDL restent des constantes.
    • Coût d'un état des lieux par un professionnel : Si un agent immobilier mandaté par le bailleur réalise l'état des lieux, la part facturée au locataire ne peut excéder la part du bailleur et est plafonnée à 3 € TTC par m² de surface habitable. Ce plafond est susceptible d'être révisé mais reste la norme.
    • Coût d'un commissaire de justice : En cas de litige, le coût partagé varie selon la surface du logement, allant d'environ 150 € à plus de 300 €.
    • Impact de la loi Climat à l'horizon 2026 : En 2026, la lutte contre les "passoires thermiques" sera intensifiée (interdiction de location des logements classés G depuis 2025, et préparation pour les F en 2028). L'état des lieux d'entrée deviendra un document encore plus stratégique pour constater l'état des éléments d'isolation (fenêtres, joints), de ventilation et de chauffage. Un locataire pourra plus facilement s'appuyer sur un état des lieux d'entrée décrivant des fenêtres en simple vitrage ou une VMC défaillante pour exiger des travaux de mise en conformité avec les critères de décence énergétique.

    FAQ rapide

    • L'état des lieux d'entrée est-il payant ?
    • Non, s'il est fait à l'amiable entre le locataire et le bailleur. Oui, si un professionnel est mandaté : la part du locataire est alors plafonnée (3€/m² et ne peut excéder la part du bailleur). Oui, si un commissaire de justice intervient sur demande, les frais sont partagés par moitié.
    • Que faire si je découvre un défaut après avoir signé ?
    • Vous pouvez envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception au bailleur pour compléter l'état des lieux. La jurisprudence tend à accepter des ajouts dans un "délai raisonnable" après l'entrée (généralement le premier mois), surtout pour des défauts non visibles lors de la visite initiale.
    • Quelle est la différence entre vétusté et dégradation ?
    • La vétusté est l'usure normale du temps et de l'usage normal du logement (peinture qui jaunit, moquette qui s'use...). Elle est à la charge du bailleur. La dégradation est un dommage anormal dû à une négligence, un accident ou un manque d'entretien du locataire (trou dans un mur, vitre cassée, moquette brûlée...). Elle est à la charge du locataire. Des grilles de vétusté peuvent être annexées au bail pour objectiver cette distinction.
    • Et si aucun état des lieux de sortie n'est fait ?
    • Si un état des lieux d'entrée a été réalisé, l'absence d'état des lieux de sortie fait jouer une présomption inverse : le locataire est présumé avoir rendu le logement dans l'état décrit à l'entrée. Le bailleur doit alors restituer l'intégralité du dépôt de garantie.

    Référence légale

    Article 3-2 loi 6 juillet 1989, article 1731 Code civil

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    Mis à jour le 01/05/2026 · Information juridique générale, ne se substitue pas à un conseil d'avocat.